Forum de Niamey sur la paix et la stabilisation dans le Sahel Central et le Bassin du lac Tchad. - Archive

Intervention de M. Abdoulaye Mar DIEYE

Coordonnateur Spécial des Nations Unies pour le Développement dans le Sahel 

Niamey, Niger, 24 – 25 Mars 2021.

Excellence Monsieur Mahamadou Issoufou, Président de la République du Niger

Mesdames, Messieurs les Membres du Gouvernement

Messieurs les Représentants des organisations sous-régionales

Monsieur Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Chef de la MINUSMA 

Mesdames, Messieurs les membres du corps diplomatique

Général de Brigade Mahamadou Abou Tarka, Président de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix

Distingués invités

Mesdames, Messieurs

Je me réjouis de participer au Forum de Niamey sur la paix et la stabilisation dans le Sahel Central et le Bassin du Lac Tchad, Forum qui, à mon avis, est une occasion plus qu’opportune de mettre en œuvre l’esprit qui a prévalu à Ndjamena, le mois dernier, lors du Sommet des Chefs d’Etat du G5 Sahel ; Sommet qui appelle à un sursaut politique, un sursaut civil et un sursaut de développement.

La question de la stabilisation, que nous allons examiner au cours des deux prochains jours, est assurément une plateforme idéale pour exercer ce « triple sursaut ».

Je voudrais tout d’abord présenter mes condoléances à son Excellence Monsieur le Président de la république, au peuple Nigériens et à tout le Sahel pour les pertes de vies humaines innocentes que nous avons subies ces derniers jours.

Permettez-moi aussi de saluer la performance démocratique du Niger. En effet, le pays vient d’administrer au monde, un cours magistral sur comment conduire une gouvernance inclusive et apaisée. Au demeurant, une telle forme de gouvernance est une condition sine qua none, pour la paix, la sécurité et le développement durable.

C’est aussi l’occasion pour nous tous ici réunis à Niamey, en présentiel comme en virtuel, de féliciter le Président Mahamadou Issoufou, qui s’est vu décerné le prix Mo Ibrahim 2020, qui récompense une « gouvernance exceptionnelle ».

Ceci me réconforte dans ma profonde conviction qu’il faut savoir aussi positiver le Sahel ; et sortir de cette prison psychologique qui voudrait que le Sahel ne soit vu que sous le prisme de la terreur et du désespoir. il y’a des dynamiques positives qu’il faut magnifier. Par exemple, l’évolution de l’Indice du Développement Humain dans le monde, montre que les pays Sahéliens, avec une croissance moyenne annuelle de 1.2 % lors des 20 dernières années, dépasse celui de la moyenne mondiale qui se situe à 0.7 % sur la même période.

Il est vrai que le niveau absolu de développement humain est encore faible dans le Sahel ; et que la pandémie Covid 19 exerce de très fortes pressions régressives sur les sociétés et les économies sahéliennes ; mais les opportunités existent à foison pour faire de la terre Sahélienne une terre de prospérité.   

Pour cela, Il faudra dé-risquer le Sahel; en intensifiant la lutte contre les forces déstabilisatrices dans la sous-région; le terrorisme est une agression à la Charte des Nations Unies. Nous devons y répondre par la grande mutualisation des forces de défense et de sécurité des pays, des amis et des partenaires du Sahel. Ceci est, sans ambiguïté, notre défi principal. Mais il faut l’accompagner par le « triple sursaut » de Ndjamena.

Pour exercer ce « triple sursaut », je vois trois armes majeures dans notre artillerie :

  • Premièrement: et parce que le développement économique resillent est le meilleur antidote au terrorisme, Il faudra donc accélérer la transformation structurelle des économies, qui passera nécessairement par l’expansion des chaines de valeurs dans les systèmes de production. C’est un paradoxe que l’insécurité alimentaire puisse perdurer dans une région, certes à pluviométrie faible, mais une région à plusieurs grands cours d’eau ! l’Initiative des   3-N devrait inspirer une Initiative des 3-S ! Les Nigériens peuvent Nourrir les Nigériens ! Les Sahéliens peuvent Subvenir aux Sahéliens !
  • Deuxièmement: il faut continuer à intensifier la gouvernance inclusive, et plus singulièrement la gouvernance territoriale, locale, frontalière et transfrontalière. Et assurer notamment la promotion et l’appui des autorités locales, communautaire et religieuses, dans la résolution des conflits endogènes ; la promotion de la centralité de justice et des droits humains, la protection des civils et surtout celle des personnes les plus vulnérables. Globalement, et il faut le reconnaître, nous accusons un déficit majeur dans cette forme de gouvernance. Toutefois il existe des dynamiques positives; comme le travail exemplaire que font les Clubs Dimitra au Niger, les groupes d’écoute communautaires , avec l’engagement des femmes! ainsi que l’excellent travail de communication des radios communautaires.  Ce sont des espaces de gouvernance à promouvoir.
  • Troisièmement:il faut surtout et massivement investir dans la jeunesse ; y compris dans son leadership. La jeunesse sahélienne est la plus jeune du monde ; c’est un capital précieux ; car elle détient les clefs du futur et du présent. C’est notre arme la plus redoutable pour construire la paix, préserver la sécurité et promouvoir le développement. Les budgets nationaux comme l’aide au développement   doivent impérativement refléter cet impératif. Le Sahel se fera par sa Jeunesse ou ne se fera pas !

En somme, c’est ce combat multiforme que nous devons mener dans le Sahel, et sans relâche.  La question de la stabilisation, qui nous réunit aujourd’hui, doit être placée dans cette perspective; une perspective multidimensionnelle de consolidation de la paix, de promotion de la sécurité et des droits humains,  de l’établissement des services et de l’autorité de l’Etat  dans les territoires libérées et à stabiliser, de la protection des civils  et d’accélération du développement  durable; avec un rôle pionnier de la jeunesse et de la femme.

Tel est, au demeurant, l’essence de la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel.

En tant que Coordonnateur Spécial des Nations Unies pour le Développement dans le Sahel, je mettrai toute mon énergie dans cette perspective d’approche intégrative.

 

Je vous remercie.